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Le blog de Bernard SARLANDIE

V.S.N.A.

31 Janvier 2010, 00:15am

Publié par Bernardoc

Il s’agit d’un sigle que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître : Volontaire au Service National Actif, autrement dit coopérant militaire. Foncièrement nourri au pacifisme, il n’était pas question pour moi d’aller revêtir l’uniforme et faire pendant des mois ce que Célestin Freinet appelait du travail de soldat, c'est-à-dire qui ne servait à rien. J’avais indiqué mon intention à dix huit ans, la première fois où j’ai passé « les trois jours », mais on tenait absolument à m’orienter vers les TAP (Troupes AéroPortées, en d’autres termes les paras) ou les EOR « Ecoles d’Officiers de Réserve », ce que bien entendu je déclinai.

Trois ans plus tard, je fis une demande conditionnelle de résiliation de sursis, pour partir en coopération pour, dans l’ordre, reste du monde, Afrique noire francophone, Afrique du nord. Rien ne me fut proposé, à part les TAP et les EOR. Je continuai donc de faire pion, puis je réussis le concours d’entrée à l’ENNA et au bout d’un an mon sursis arrivait à terme. Comme entre-temps je m’étais marié et qu’il n’y aurait que mon traitement pour vivre, j’inversais l’ordre de mes choix et comme, déjà à l’époque, je bénéficiais d’un énorme piston ( ! ), je me retrouvais affecté au Ghana. J’avais quand même à nouveau décliné les TAP et les EOR.

Un livre de géographie me permis de situer ce pays qui n’était pas sous les feux de l’actualité en France. Il s’agissait d’un pays anglophone et j’allais y enseigner le français. Pour m’y préparer, je participais à un stage de quinze jours au ministère des affaires étrangères. Après un an de stage à l’ENNA, je l’ai trouvé assez peu enrichissant, mais cela nous a au moins permis de faire connaissance avec l’ensemble de ceux qui allait partir. Cette année-là on allait détruire La Villette et Libé y organisait une guinche de soutien avec François Béranger et Eddy Mitchell et d’autres. François Béranger trouvait qu’il avait peu de spectateurs, alors il a entamé un rock, et on a vu débouler tous les fans d’Eddy Mitchell, qui finalement sont restés.

Un mois plus tard, c’était le grand départ, la première fois que nous prenions l’avion, et l’assurance habituelle de nos grand-mères déclarant  qu’elles ne nous reverraient plus.

J’allais découvrir l’Afrique, comme je m’étais promis de le faire depuis la lecture de mon prix : Légendes de la Savane. Les surprises commençaient.

Et ce n’est pas fini…

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Ma maîtrise

30 Janvier 2010, 00:01am

Publié par Bernardoc

         Malgré la distance avec le Pays de Galles, j’y allais pratiquement tous les quinze jours en stop, via la M6. Il y avait moins de discipline que deux ans plus tôt, mais d’après un vieil ami gallois, retraité des chemins de fer britanniques, je ne mettais pas plus de temps pour descendre, car mon point d’attache était le sud du Pays de Galles, à LLantrisant, « the hole with a mint » (blague peut-être comprise par ceux qui connaissent un peu géographie et confiserie). Et Geraint se mettait en quatre pour me faire rencontrer les personnes qui pouvaient m’aider pour mon mémoire.

         C’est ainsi qu’il s’est débrouillé pour me faire rencontrer le premier député nationaliste gallois, Gwynfor EVANS, que j’ai interrogé pendant deux bonnes heures. Il en fut de même pour Caerwyn JAMES, l’entraîneur des British Lions (l’équipe de rugby composée des joueurs des quatre nations britanniques), militant nationaliste lui aussi.

         Je tentais d’apprendre le gallois, langue très difficile, et j’arrivais parfois à comprendre le sens d’une conversation simple lorsque j’étais plongé dans ce milieu gallophone.

         Comme deux ans auparavant j’étais allé en Ecosse à Pâques, cette année-là je décidais de faire un tour de Galles pour rencontrer des gens et m’imprégner du pays. Plusieurs anecdotes marqueront ce périple. Une arrivée à pied dans une auberge de jeunesse au bout du monde, ou plutôt au milieu de nulle part, pouvant accepter sept voyageurs et il y en avait déjà huit, mais pas de problème on s’est serrés. Chose surprenante, dans cette région complètement gallophone, le père-aub’ était un Anglais. Autre chose hilarante : à côté de l’auberge coulait un ruisseau et nous devions prendre l’eau pour boire sur la rive côté auberge, car sur l’autre rive elle était polluée !...

         J’ai vite traversé Caernarfon, car j’y avais séjourné deux ans plus tôt à l’invitation d’un père d’élève, qui se trouvait être le responsable de la police chargé de la sécurité lors du couronnement du Prince de Galles. Mais je me suis attardé dans la vallée de Merthyr Tydfill où se déroulait une élection législative partielle. Les mines de charbon étaient encore exploitées et, ceci explique sans doute cela, j’ai pu rencontrer un candidat communiste, ce qui était plutôt rare, mais je crois que la commune a eu un maire communiste quelques années plus tard.

         Je continuais donc à amasser des matériaux pour mon mémoire en attendant la réponse de mon directeur…qui n’est jamais arrivée malgré trois relances.

         Lorsque je revins en France, je lui demandai s’il avait reçu mon plan et ce qu’il en pensait. C’est très bien me dit-il ; où en êtes vous maintenant ? Nulle part ; j’attendais une réponse de votre part, surtout que j’avais joint des coupons-réponses internationaux.  Et c’est ainsi que, malgré les kilos de matériel amassés mon mémoire n’a jamais dépassé le stade du plan.

Et ce n’est pas fini… 

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Une autre façon de voir l'éducation

29 Janvier 2010, 00:50am

Publié par Bernardoc

         Vraiment, l’ambiance était fort différente. Les élèves étaient-ils plus difficiles ? Toujours est-il que l’équipe pédagogique tentait d’apparaître distante et autoritaire vis-à-vis des élèves. Il y avait des micros dans la plupart des classes, reliés à l’administration, qui pouvait ainsi écouter ou intervenir en plein milieu des cours. Et nous étions encore 12 ans avant 1984 !

         Contrairement à Newport, où je faisais mes douze heures de cours puis disposais de mon temps, dans cette école de Preston ma présence était requise pendant les heures d’ouverture, alors que je ne travaillais pas. Au moins j’en ai profité pour lire, notamment les livres de pédagogie qui se trouvaient dans la bibliothèque de la salle des profs.

         Une autre fois, vers la fin de l’année scolaire, quand il faisait chaud et qu’il ne faisait pas nuit avant 22h30, je me suis pointé un jour sans cravate. Réflexion d’un prof de maths, qui avait également des responsabilités d’encadrement : « Où tu te crois pour venir ainsi débraillé ? Tu as l’intention de refaire mai 68 ? », ce qui révélait une grande empathie.

         Tous ces bons bigots étaient en fait un rassemblement d’hypocrites que j’ai découvert lors d’une des soirées de Noël ; en effet, il y en avait deux : la première avec les conjoints, soirée anglaise typique et guindée, puis une soirée entre profs ; et là, dès que le Principal s’était éclipsé, ils se sont lâchés et ce fut le début de l’orgie avec des gens qui baisaient dans tous les coins : ma morale laïque en fut choquée surtout par rapport à l’attitude qu’ils montraient habituellement.

         Lorsque j’étais arrivé à Preston, tout le monde me disait : « Tu as de la chance d’être venu au nord de l’Angleterre, car c’est ici que les gens sont le plus sympa. » Et heureusement qu’ils me l’ont répété tout au long de l’année car sinon j’aurais eu du mal à m’en rendre compte !

         Deux exemples : dans ce pays de football, l’équipe de Preston North End devait rencontrer Liverpool. Un collègue me demande si j’aimerais assister au match. Devant ma réponse positive, il me dit qu’il me prendrait un billet. Le match se passe et le lendemain il me demande si j’étais au match, alors que nous étions censés y aller ensemble !

         Au moment de rentrer en France, et heureusement que l’école se terminait mi-juillet et que j’étais payé le mois entier car sinon je n’aurais pas eu les moyens de payer mon voyage, une collègue me dit, après m’avoir roulé un patin : « Bernard, n’oublie pas de venir nous voir la prochaine fois que tu reviens en Angleterre. » Elle a simplement oublié de me donner son adresse…

         Inutile de vous dire que je n’ai plus jamais eu de contact avec cette école, sauf lorsque j’ai écrit pour demander un certificat nécessaire à la validation de mon année. Et je fus surpris de recevoir une lettre somme toute assez chaleureuse de la part du Principal ; six ans plus tard j’ai pu me rendre compte au ton de sa lettre que j’avais été bien apprécié.

Et ce n’est pas fini…

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Preston

26 Janvier 2010, 00:06am

Publié par Bernardoc

         200px-Preston City Council - coat of armsDeuxième expérience de vie en Grande-Bretagne : je passais d’un comté rural et traditionnel des Midlands à un comté catholique du nord-ouest de l’Angleterre et dans la ville la plus catholique de ce comté. Je crois que maintenant elle est devenue une ville musulmane (à vérifier). L’école aussi était différente : au lieu d’une « anglican boarding grammar school », j’allais découvrir une « roman catholic day secondary school », c'est-à-dire que d’une école sélective qui conduisait au bac, je tombais sur un collège non sélectif qui s’arrêtait à la fin de la seconde (5th form) avec un examen final qui était les « O’levels » (pour « niveau ordinaire », et la fin des études pour un grand nombre d’élèves, surtout ceux issus des milieux défavorisés.

         Les bâtiments n’étaient pas les mêmes non plus : au lieu des bâtiments datant du XVIII° ou XIX° siècle, je trouvais des constructions qui n’avaient rien à envier à nos fameux « Pailleron », et avec le recul, je dirais même qu’il ressemblait sacrément à Langevin ! La différence est que les autorités n’ont pas attendu 2010 pour fermer « St Cuthbert Mayne school » de Fulwood à Preston, puisque en la cherchant sur internet j’ai découvert qu’elle n’existait plus depuis 1998.

         Mon travail était complètement différent : je prenais les élèves par petits groupes dès la 5ème et comme j’étais plus aguerri, j’avais davantage d’activités à proposer aux élèves, et ils préféraient venir avec moi que rester dans le cours traditionnel avec leur professeure, ce qui la rendait un peu jalouse même si elle essayait au mieux de le cacher. De ce fait, nos rapports sont toujours restés assez distants.

         J’ai découvert dans cette école, en 1972 donc, la méthode de travail par projet, très similaire à nos « travaux croisés » mis en œuvre quelques trente ans plus tard dans nos collèges. Je me suis aussi émerveillé devant les travaux d’arts plastiques en découvrant des garçons en train de tricoter et des filles en train de construire des maquettes : on était vraiment très loin des cours de dessin que j’avais connus lycéen. Les cours de musique permettaient à quelques élèves de s’échapper pour aller pratiquer un instrument individuellement tandis que les autres continuaient leur apprentissage collectif. J’ai failli mettre cela en place à Goya, jusqu’à ce que la professeure en sous service soit réquisitionnée pour aller terminer son service dans un autre collège.

         Le Principal de ce collège était un laïc, mais son adjointe était une bonne sœur, véritable « commissaire religieuse » chargée d’assurer la conformité de l’établissement avec les préceptes de Rome.

Et ce n’est pas fini…

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Pion

25 Janvier 2010, 07:28am

Publié par Bernardoc

         Depuis l’Angleterre, j’avais demandé à mon copain Lazlo (Michel CHATELAIN), qui était déjà pion à Jean Aicard, de m’envoyer un dossier puis de le déposer au rectorat de Nice. En rentrant de Newport, je passais au rectorat pour demander s’ils avaient bien reçu mon dossier ; la secrétaire regarda la pile de dossier, trouva le mien et le posa sur le dessus du paquet ; deux jours plus tard, j’étais affecté au lycée Jean Aicard ! Je me présente quelques jours avant, et le censeur m’embauche dès le lendemain, soit trois jours avant le début de mon contrat, date que bien entendu je n’ai jamais pu faire valider comme début des services ; s’il m’était arrivé quelque chose, je suppose que les autorités hiérarchiques auraient dit, comme elles en ont l’habitude, que j’étais seul en tort.

         Le bahut avait bien changé depuis trois ans que je l’avais quitté : mai 68 était passé par là. Les garçons et les filles étaient mélangés dans les cours de récréation, il était devenu habituel de tutoyer les pions et de les appeler par leur prénom, ce qui ne me dérangeait pas, car ce n’est pas cette attitude qui empêchait d’établir la distance nécessaire. En revanche, ce qui était peut-être un peu plus difficile, c’est que des élèves (et pas des post-bacs –il n’y en avait pas à l’époque) étaient plus âgé(e)s que moi.

         Au bout d’un an, ma licence en poche, je pris conseil auprès de mon ancien prof. d’anglais, qui était toujours là, pour lui demander son avis concernant une éventuelle non-présentation au CAPES pour pouvoir repartir outre-manche. Il me dit « Oui, à condition de préparer un doctorat. » Pour moi, il s’agissait d’une maîtrise que je comptais rédiger sur le nationalisme gallois (Mon pote Geraint n’y était pas étranger). M. ROLLAND me dit de tenter, à condition de devenir lecteur en université. Je déposai donc un dossier en ce sens, et ne fut pas trop déçu de voir qu’il me manquait quatre points pour être admissible au CAPES. Je me dis qu’en travaillant le concours l’année suivante il ne devrait pas y avoir de problème.

         Mais aucun poste ne me fut proposé. J’entamais donc ma troisième année de surveillant d’externat. Fin septembre je reçus une lettre me demandant si j’accepterais un poste dans le secondaire. Réponse : « Oui, à condition que ce soit au Pays de Galles. »

         En toute logique je fus donc nommé à Preston, dans le Lancashire, c'est-à-dire au nord de l’Angleterre, mais comme j’en avais ras le bol d’être pion, je suis quand même parti, en ayant perdu un mois de salaire car j’avais démissionné trop tôt de mon poste.

Et ce n’est pas fini…

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Débattre disaient-ils

24 Janvier 2010, 17:25pm

Publié par Bernardoc

         En débarquant à Newport, ma seule formation était mon stage de moniteur de colonies de vacances que j’avais effectué à Pâques avec les Cemea et un mois de colo. Fort heureusement, je n’avais que des grandes classes (5th ans 6th forms, c'est-à-dire 2nde, 1ère et Terminales) en petits groupes. La plupart des élèves de bonne famille étaient assez au fait de l’actualité ; déjà existaient ce qu’on appelle les « social studies », assez proches de ce qui a été mis en place une trentaine d’années plus tard en France sous le nom d’ECJS (soit Education Civique, Juridique et Sociale). Ils suivaient cette actualité avec leurs yeux de conservateurs (« tories ») ou de travaillistes (« labour »), voire même de communistes, mais pour ces derniers c’était seulement un mot contestataire sans grand-chose derrière. Il me suffisait donc de lancer un sujet politique –au sens large- pour déclencher des argumentations enflammées.   

         Cette aptitude au débat était encouragée dans l’école par l’intermédiaire de la « debating society » qui organisait chaque mois un débat sur un sujet de société. Très codifié, quasiment rituelique, le cadre obligeait les élèves à une discipline très formatrice : deux orateurs étaient désignés pour défendre un point de vue opposé, pendant que les auditeurs écoutaient sans rien dire, sinon les monosyllabes acceptées pour montrer leur approbation ou leur désapprobation. Ce n’est qu’après qu’ils pouvaient intervenir pour exprimer leurs sentiments, tout cela sous la présidence d’un maître de cérémonies chargé de distribuer les rôles et d’organiser la parole avant de terminer par un vote.

         Après avoir assisté à deux débats, je me suis porté volontaire pour être l’orateur opposant principal du troisième débat qui avait trait à l’accueil des filles, la question posée l’étant de façon négative, du genre : « Cette école pense que l’arrivée des filles ferait baisser les résultats. »

Je n’ai pas dû être assez bon car l’entrée des filles fut repoussée. Mais les choses ont évolué avec le temps puisque maintenant les filles externes sont admises au cycle terminal.

         Un autre débat auquel j’ai vivement participé concernait le port de l’uniforme ; je vous laisse deviner de quel côté je me trouvais.

         Cette façon de débattre formait les gens à l’écoute et au respect de l’autre et ce sont des leçons que j’ai retenues et qui m’ont bien été utiles par la suite.

         A la fin de l’année sonnait l’heure du retour en France, et après cette autonomie financière je n’avais pas envie de retomber aux crochets de mes parents, et c’est pourquoi j’avais déposé une demande de  poste de pion auprès du rectorat de Nice.

Et ce n’est pas fini…

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La vie à l'internat

20 Janvier 2010, 08:02am

Publié par Bernardoc

         Ce qui m’a frappé en arrivant, c’était l’extrême liberté des internes, une liberté fondée sur la confiance…nous qui venions de nous battre depuis six mois contre la ségrégation garçons-filles dans les résidences universitaires. Les élèves en effet, pouvaient sortir en ville dès la fin des cours, à condition qu’ils soient revenus pour le dîner qui avait lieu à dix-huit heures. Et dès qu’ils rentraient, l’uniforme n’était plus obligatoire, ce qui veut dire qu’en hiver les petits (6ème et 5ème) étaient autorisés à mettre un pantalon long, qui était quand même plus confortable que ces shorts longs et ces chaussettes montantes qui étaient une partie de leur uniforme.

         00000043J’ai eu l’occasion de pratiquer l’internat car, à partir du deuxième trimestre, le Directeur m’a proposé d’être logé, nourri, blanchi gratis en échange d’une à deux nuits de service par semaine. Grâce à cette aubaine j’ai pu faire de sérieuses économies, et comme nous étions trois jeunes célibataires à nous partager la tâche, il y avait toujours moyen de s’arranger si on avait calculé de sortir une nuit de service.

         Comme à midi, le soir aussi les élèves attendaient debout à leur place qu’un adulte dise « grace », c'est-à-dire le benedicite. S’il n’y avait pas d’adulte, c’était un « prefect », c'est-à-dire un élève de terminale qui s’en chargeait. Or, un soir de juin, je me retrouvai seul en face du réfectoire ; j’étais en charge des « juniors » (6ème à 4ème) et les « prefects » avaient été dispensés de leur encadrement pour préparer leurs examens A-levels. J’attendais l’arrivée de mes collègues, mais ils n’arrivaient pas. Et je voyais les élèves me regarder en souriant, car ils connaissaient mes opinions, tout en refusant de déroger à la règle. Au bout de trois longues minutes, alors que l’agitation commençait à poindre, j’ai marmonné une formule incompréhensible qui était le feu vert pour le début du repas.

         Lorsque j’étais de service le dimanche, je devais accompagner les élèves à la messe. J’en ai alors profité pour visiter les quatre églises du village, avec mes yeux d’étudiant, car un certificat de ma licence comportait une partie consacrée à l’histoire des églises en Angleterre. Et dans chaque église les paroissiens me sautaient dessus, persuadés qu’ils allaient faire un nouvel adepte. Il fallait que je résiste pour ne pas être contraint de communier !

         Les grands élèves étaient quant à eux persuadés que la France était encore « la fille aînée de l’Eglise » et que la sexualité était gérée en direct de Rome par le Pape. J’ai dû leur expliquer que la France n’était pas l’Irlande, ni l’Espagne franquiste ou l’Italie.

Et ce n’est pas fini…

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Réflexions educatives

19 Janvier 2010, 08:00am

Publié par Bernardoc

         La première chose qui m’a frappé, après les uniformes, fut l’assemblée trihebdomadaire au cours de laquelle le chef d’établissement (ou d’autres professeurs) s’adressait à l’ensemble de la communauté éducative. C’était un bon moyen de communication qui permettait aussi de « resserrer les boulons » le cas échéant. Chaque assemblée commençait par une prière, selon les règles du système éducatif britannique.

         Les deux autres jours la journée commençait par une réunion de classe en présence du professeur principal, réunion qui avait la durée d’une période ordinaire, c'est-à-dire quarante minutes.

         Lorsque j’ai commencé comme Principal-adjoint en ZEP, j’ai proposé à tous les professeurs principaux une heure par semaine, hors enseignement, avec leur classe. Bien entendu, cette heure était rémunérée. Et chaque enseignant était bien content, grâce à cette heure de vie de classe avant l’heure de pouvoir ainsi contribuer à une vie harmonieuse au sein du collège. Puis dix heures annuelles furent imposées, ce qui diminuait d’environ 50% le total des heures consacrées à la classe. Enfin, elles ne furent plus payées, amis inclues dans l’Indemnité de Suivi et d’Orientation des Elèves). Et j’ai hélas pu constater que cette heure était presque uniquement utilisée pour « préparation des élections », « élections », « préparation du conseil de classe » et « compte-rendu du conseil de classe ». Il ne restait donc plus guère de temps pour traiter des problèmes éducatifs.

         J’ai décrit plus haut comment les réunions, non pas de tout le collège, mais de chaque cycle, avait permis d’améliorer certains fonctionnements de Langevin et d’avancer ensemble : c’était directement une réminiscence de cette année d’assistanat.

         La vie culturelle était très vivante dans cet établissement et chaque année il y avait un concours de peinture, poésie, littérature, théâtre et musique entièrement pris en charge par les élèves de terminales (les prefects) qui, non seulement participaient mais guidaient les élèves plus jeunes dans une forme de tutorat bien compris. J’ai été convié à participer au jury de ce concours, ce qui m’a permis de voir (ou d’entendre) la totalité des productions.

         Je me souviens aussi d’avoir accompagné des élèves à Birmingham pour un concert de Jethro Tull et des Ten years after, sortie organisée par les enseignants (un peu comme si on organisait une sortie à la Rock School Barbey ou au Krakatoa, ce que je n’ai pas vu ; mais en revanche, la RSB était venue organiser un concert à Goya).

Et ce n’est pas fini…

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Mes découvertes

18 Janvier 2010, 07:47am

Publié par Bernardoc

         Bien entendu, les élèves portaient des uniformes et les enseignants quelquefois la toge. J’avais acheté en souvenirs les trois cravates et les deux écharpes de l’école, puisque l’uniforme variait en fonction de la classe. En hiver je mis un jour une des écharpes, ce qui provoqua une remarque, mais pas une remontrance, du chef d’établissement, qui me dit qu’en tant que membre du personnel je ne devais pas utiliser une partie de l’uniforme des élèves. Je ne m’en servis donc qu’en dehors de l’école…jusqu’à ce que je la perde sur une route du Var une dizaine d’années plus tard.

         Par respect pour les élèves, je mettais une cravate pour les douze heures hebdomadaires que je passais au boulot, et j’étais à la fois surpris et fier de voir que le magasin de mode de la ville reproduisait en vitrine ma façon de m’habiller : j’étais quasi un inspirateur de mode !

         Mais les anglais m’ont fait découvrir bien d’autres choses : le hockey sur gazon, que j’ai pratiqué régulièrement avec l’équipe « B » de l’école (sauf pour les compétitions officielles ; j’ai dû faire un ou deux essais au tennis mais sans beaucoup de réussite et je ne me suis essayé au squash qu’une seule fois : la balle était bien trop rapide, le tamis de la raquette bien trop petit au bout d’un manche bien trop long !

         Un de mes regrets fut d’avoir décliné l’invitation de Sam BAKER, le professeur de musique, qui souhaitait que je participe à la chorale. Je lui dis que je chantais faux, ce qu’il n’a pas cru. Et lorsque j’ai assisté au concert (il s’agissait du Messie de Haendel) dans l’église du village j’ai été transporté, ce qui m’a conduit après à participer à plusieurs chorales, mais malheureusement pas autant que je le souhaiterais à cause de mes (trop ? ) nombreuses occupations.

         En revanche, je fréquentais tous les lundis le folk-club local et là je ne me privais pas de reprendre en chœur les refrains que tout le monde connaissait. J’y avais vu plusieurs fois un bluesman, Rod DAWES, que j’ai aperçu plus tard en Polynésie mais qui a disparu au moment où je venais de faire le rapprochement. Un folk-club, ce n’est pas uniquement des chansons, c’est aussi des tombolas, des pintes de bière et des « fish n’ chips » qui aident à absorber l’alcool. Ah ! ces chips bien grasses emballées dans du papier journal, je ne vous dis que ça !! Quoi HACCP ? C’est quoi ça HACCP ? Rabat-joie, va !

Et ce n’est pas fini… 

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Newport, suite

17 Janvier 2010, 09:30am

Publié par Bernardoc

         Un jour il faudra que je dresse les portraits des collègues que j’ai rencontrés dans cet établissement. J’y arrivais en même temps qu’un professeur d’anglais, ancien officier de la marine marchande, et qui rentrait d’un stage à Nice où il avait été hébergé à la Lanterne et comme nous étudiants, il avait ses habitudes à « La gaîté niçoise » où il appréciait le rosé. Il m’a plusieurs fois prêté sa voiture sans autre forme de procès, car l’épave que j’avais achetée pour cinquante livres n’avait pas fait plus de quarante kilomètres ; fort heureusement le garage qui me l’avait vendue n’a fait aucune difficulté pour me rembourser. J’ai donc voyagé surtout en auto-stop pendant cette année. Et je me souviens de la courtoisie qui existait entre auto-stoppeurs : il n’y avait jamais plus de deux personnes au même endroit, les autres restaient en retrait : le typique art de la queue britannique que je n’ai pas retrouvé deux ans plus tard.

         Cette année-là, j’ai découvert les auberges de jeunesse, que j’ai abondamment utilisées par la suite. Je comptais visiter l’Ecosse pendant les vacances de Pâques par ce moyen, mais avant je décidais de tester la plus proche à une quarantaine de kilomètres pour voir le fonctionnement. Un élève me prêta un vélo, un collègue un sac à viande et me voilà parti. Comme la plupart des auberges en Grande-Bretagne, celle-ci se trouvait dans un endroit remarquable, dans une belle maison de maître dont la YHA (Youth Hostel Association) avait hérité. Le Shropshire n’est pas un comté particulièrement plat et pour quelqu’un qui n’était pas habitué à pratiquer la bicyclette, c’était un déplacement suffisamment long. Lorsque j’arrivai, je découvris qu’il y avait un groupe de scolaires qui occupait déjà les lieux…qui étaient complets. Lorsque je présentai ma carte flambant neuve au père-aubergiste, il m’annonça qu’il n’y avait plus de place, puis il me demanda quel était mon mode de locomotion ; quand je lui dis : le vélo, il vit que je n’avais pas la possibilité d’aller à la prochaine auberge et lorsque je lui précisai que c’était ma première fois, il m’accepta quand même. Cet accueil amical en AJ, je ne l’ai pas trouvé ailleurs qu’en Grande-Bretagne où c’était une généralité.

         Le collègue qui m’avait parlé des AJ était aussi logé sur place et, bien que prof. d’anglais, il entraînait les équipes de l’école au basket-ball et au badminton. C’est ainsi que je découvris ce dernier sport que je n’avais jamais rencontré en France encore, et que j’ai eu l’occasion de pratiquer en sport-loisir par la suite.

Et ce n’est pas fini…

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